Le BTP en peinture

Ulrich Wagner, artiste témoin de son temps

Ulrich Wagner, artiste-peintre
français d'origine suisse,
puise son inspiration dans la nature;
pour lui, chantiers et usines
en font partie.

"Si ma peinture est appréciée dans cent ou deux cents ans, c'est que j'aurais eu raison de ne pas me laisser influencer." L'allure calme et tranquille, l'accent traînant sont trompeurs. Ulrich Wagner, artiste-peintre né à Zurich, est intuitif, persévérant et audacieux.
A vingt ans, contre l'avis familial, il s'engage dans des études artistiques aux Beaux-Arts de Paris, puis à Zurich (Suisse), où il enseigne le dessin pendant six ans. Après son mariage avec une française, il s'installe à Bessancourt dans le Val d'Oise, où il se concacre à la peinture, et plus particulièrement à l'aquarelle. Cette techniquenecessitant peu de matériel, il peut voyager facilement et satisfaire sa curiosité d'artiste.
Carnets de croquis et d'aquarelles à la main, il parcourt la France et de nombreux pays d'Europe et va même jusqu'en Chine. Au fil de ses voyages, il produit sans relâche des centaines d'aquarelles aux couleurs subtiles et lumineuses. Conservées précieusement dans son atelier, ses carnets constituent après trente ans, une fabuleuse source d'inspiration. Quelques tableaux de grande dimension peints à l'huile en sont issus.Au cours d'un séjour en Provence, il fait la connaissance d'un responsable de la sidérurgie allemande. Intrigué, le voilà, sur les bords du Rhin, à peindre

Autorisé à pénétrer sur le chantier, il peint la construction des immenses bâtiments. Il s'attarde, ému, auprès du pont Tolbiac tout proche. Construit par Eiffel et classé monument historique, celui-ci ne peut s'intégrer au gand projet, il va bientôt être démonté et reconstruit ailleurs.
Encore plus surprenant, il accède au chantier du métro Météor à Paris. Ce métro de l'an 2000, entièrement automatisé, aura la particularité d'adapter la longueur de sa rame à l'importance du flux des voyageurs. Aux futures stations de Bercy et de La Madeleine, entre 25 et 30 mètres sous terre, Ulrich Wagner découvre la complexité du chantier. La construction de la voûte le surprend: "Comme au temps des Romains, dans le même esprit mais avec la technique d'aujourd'hui. Un fois la clé de voûte posée, on creuse jusqu'à arriver au bon niveau." Là, il reste quelques heures, une journée et revient parfois plusieurs jours de suite, se mêlant aux ouvrier dont il retiendra la vraie solidarité. Les conditions pour peindre sont difficiles: "Des engins énormes qui passent à quelques mètres, un bruit assourdissant, un changement de lumière permanent, il fait chaud, puis froid, il y a des courants d'air, de la poussière...". Comme tous, il se protège de casque, masque et casque anti-bruit. Il peint inlassablement dans les galeries, l'activité fébrile des engins, l'ardeur des soudeurs au chalumeau, lesoulagement des hommes à la jointure des tunnels...

Il faut faire vite, car "Le chantier change tous le temps, la balustrade sur laquelle je me tenais le matin, a disparu le lendemain..."

les colossales usines sidérurgiques de la Rhur. Il découvre "cet univers complètement à part" : les usines du début du siècle aux volumes de cathédrales et les gigantesques cités grises qui les encerclent. Il est fasciné: "Seuls les blancs des huisseries fraîchement repeintes et le vert tendre des pelouses où les enfants jouent, éclairent l'ensemble." Il saisit à l'aquarelle le balai des péniches et des grues qui déchargent le minerai, les cuves où le métal en fusion rougeoie, l'enchevêtrement des escaliers métalliques, le travail des ouvriers... Artiste avant tout, il se garde de juger: "Personnellement, j'y vais pour peindre, pour faire quelque chose dans la peinture. L'usine est utile ou polluante, sale ou propre... Ce qui compte pour moi c'est de montrer la réalité."

Il devient un peintre reconnu

A Paris, où il expose, ses rencontres le mènent à devenir le peintre officiel du Val-de-Grâce à l'occasion du bi-centenaire de l'hôpital militaire. Ce bâtiment historique non accessible au public l'émerveille.

Toujours à Paris, il rencontre l'un des architecte de la Grande Bibliothèque de France.

 

 

 

 

 

Imaginer le futur

Dans son atelier, il retravaille ses peintures, de mémoire, pour traduire au mieux ce qu'il a vu, ressenti ou appris. "La peinture a une triple dimension. Elle montre le passé, fait un arrêt sur le moment, puis imagine le futur. A la différence de la photo qui ne montre que la fraction de seconde."
Ulrich Wagner apprécie les multiples univers que lui offre la nature. Tel l'ouvrier qui travaille d'un chantier à l'autre, il va des paysages paisibles de l'Oise, aux industrieux bords de Seine, de la Provence, aux villages italiens hauts en couleur... Classique, il esquisse quelques nus: "Cet exercice est essentiel, car comment peindre des personnages si l'on ignore le mouvement de leurs muscles ?", précise-t-il, comme pour s'excuser.
Même si les thèmes d'inspiration, comme le monde du travail, ont parfois du mal à s'imposer au public, Ulrich Wagner suit ses intuitions: "Un peintre a le devoir de montrer quelque chose de spécifique de son temps et pas seulement des choses idylliques. C'est très important, c'est aussi la vie" .

 

 

 

 

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