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Ce monde, il le prend dans son acception la plus vaste, évoquant
ses voyages en Europe, en Asie, au Maroc, au Maghreb. Il aime les villes
comme Prague, Venise dont il tente de saisir l'essence à travers
leurs rues, leurs immeubles sans histoire mais non sans âme, des
passages un peu oubliés. Pour Paris, il en est toujours aussi éperdument
amoureux. Quel bonheur d'y sortir un carnet et de se mettre à croquer
des monuments, des scènes de rue, du métro, de continuer
à travailler sur le motif, même si ce n'est plus de mise!
Ulrich Wagner a ainsi constitué de précieux carnets de croquis
qui faisaient l'admiration de son ami le peintre auversois, Joël
Moulin.
De Zurich à Bessancourt
Homme discret, à l'accent zurichois légèrement traînant,
il répugne à parler de lui.Il n'explique pas volontier comment
, issu d'un milieu peu tourné vers les arts, il voulut devenir
graphiste et entamma des études dans ce sens dans sa Suisse natale.
La revue artistique où il exerça ses talents d'apprenti,
l'aida - grâce à la culture de son entourage - à prendre
conscience de ses propres lacunes.
Bien vite d'autres ambitions naquirent, aux centres desquelles : Paris.
Bien qu'il fût reçu au concours d'entrée des Beaux-Arts, la vie alors
si chère, son français encore hésitant lui apparurent comme autant d'obstacles
insurmontables. Rentré à Zurich, il entama, aux Beaux-Arts de la ville,
des études de professeur de dessin. Il dit aujourd'hui devoir beaucoup
à cet enseignement extrêmement exigeant qui lui donna l'impression constante
de se dépasser et des bases solides dans des domaines aussi variés que
l'architecture, l'anatomie humaine ou animale. Mais son rendez-vous avec
la France n'était que différé. Après six années de professorat en Suisse,
Ulrich revenait dans l'Hexagone avec sa femme. A Bessancourt, localité
dont elle était originaire, on décida de transformer la grange des grandsparents
en un vaste et lumineux atelier. Depuis 1968 il s'y consacre à la peinture.
Quelques grandes toiles au mur, des tables et des tabourets haut perchés
-sans doute son côté graphiste- participent au confort et au charme un
peu sévère des lieux.
Lumière et atmosphère
Ce qu'il n'a cessé de traquer dans ses toiles depuis lors, c'est une belle
lumière, une lumière dense comme l'aimait Albert Marquet auquel il se
réfère souvent. Sans doute est-ce pour cette raison qu'il se sent attiré
par des sujets comme les souks et des régions comme la Provence ou la
Bretagne. Les petites maisons blanches qui illuminent ses aquarelles sont
le fruit de la réserve et doivent leur puissance attractive au traitement
de ce qui les entoure, notamment des teintes sombres. A côté d'une indéniable
passion pour les ocres, sa palette témoigne d'une grande richesse du mauve
au violet, en passant par le bleu de Chine.
Grâce à cette lumière - qu'il capte aussi, et avec jubilation, dans les
scènes de hauts fourneaux - il tente de ressusciter l'atmosphère, celle
du jour, ou de la nuit, où la toile fut peinte. A la vue d'un de ses paysages
on saura d'emblée si ce jour-là il faisait chaud ou froid. Le pire serait
que le spectateur "passe" à travers le tableau comme à travers une matière
inerte. Cependant, la vie, chez lui, naît d'une certaine économie de moyens,
même sa peinture à l'huile est faite de peu de matière. Se rapprochant
parfois des maîtres chinois, pour lesquels il ne cache pas son admiration,
il vécut comme un hommage l'achat d'une de ses aquarelles par un de leurs
étudiants. Si la construction rigoureuse de ses villages provençaux rappelle
la manière de Cézanne c'est, qu'ancré dans la tradition, il ne boude pas
son plaisir à reprendre les sujets de ses aînés. Mais en apprécier la
sérénité, ne l'empêche pas de se sentir inexorablement attiré par les
thèmes représentatifs de notre vie: " un peintre doit aller au-delà des
choses agréables et classiques y compris vers celles qui a priori font
peur".
Témoin de son temps
Nous voici au coeur du débat, au sein des contrastes. Ulrich Wagner souligne
que sa démarche ne consiste nullement à dénoncer un problème social ou
environnemental. Il veut simplement témoigner de la condition humaine
en une époque donnée, montrer l'homme pleinement engagé dans son activité,
y compris gagnant sa vie à la sueur de son front.
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